Le parcours de SAMIA TAWIL

Le parcours de SAMIA TAWIL

Quel est ton parcours ? As-tu commencé en autodidacte ou par des cours avec des professeurs?

J’ai commencé la musique en autodidacte, mais ma première passion était la danse, domaine dans lequel je suis devenue professionnelle dès l’adolescence. J’ai beaucoup puisé chez certains grands artistes que j’admirais; comme Michael Jackson ou Prince, qui sont d’énormes musiciens, mais de grands danseurs aussi.

Je pense que j’ai indirectement visé à réunir mon amour de l’écriture et de la danse en devenant chanteuse, cela peut vite devenir lassant de danser derrière d’autres chanteurs qui disent des choses que tu ne cautionnes pas toujours. Je me suis dit : « il faut que tu sois à tous les volets de la prestation » , et j’ai commencé en autodidacte avec un petit piano que j’avais chez moi, et mon enregistreur pour enfants.

J’ai mis un premier pied dans le milieu musical professionnel par le biais d’un casting franco/new-yorkais, qui cherchait à créer un groupe pop, comme c’était la mode dans les années 90. Même si ça ne me correspondait pas du tout car, même si j’avais 13 ans, j’aimais déjà le rock. On m’a motivée à saisir cette opportunité, ne serait-ce que pour pouvoir avoir une première expérience d’audition. Les producteurs ont décidé de me signer en solo, car j’avais été la seule qui les avait intéressés. Ca m’a beaucoup appris, au niveau de l’expérience du studio et m’a donné les outils pour mieux comprendre les subtilités de la justesse, et d’aller plus loin dans ce que je voulais faire vocalement. Mais stylistiquement, ce n’était pas top. J’ai finalement décidé de rompre le contrat avec eux et c’est là que je me suis entourée de musiciens pour rendre ma musique plus organique.

C’est donc vers la fin du collège je me suis vraiment entourée de musiciens, plutôt des amis à la base, pas toujours professionnels, mais ça sonnait beaucoup plus comme je voulais. On a commencé au fur et à mesure à avoir un petit public, on a enregistré des démos et on s’est motivé dans l’envie de foncer et de tenter de démarcher des labels.

Avec qui travailles-tu de manière régulière et comment as-tu rencontré ces personnes ?

Depuis la sortie de mon album, j’ai la chance de travailler avec les mêmes personnes. Ceux qui avaient enregistrés sur l’album n’étaient pas forcément disponibles pour l’une de mes premières dates « live » qui était très importante pour moi, puisque c’était le Montreux Jazz. Je suis chanceuse d’avoir trouvé assez rapidement des musiciens que j’adore pour poursuivre l’aventure en live, suite à la sortie de l’album, et cela fait bientôt 3 ans que l’on a ce band fixe qui est super.

Je dirais que les choses fonctionnent souvent par le bouche-à-oreille : quelqu’un, un ami musicien, qui nous conseille quelqu’un d’autre, etc, mais ça nous est aussi arrivé parfois de fonctionner par annonce pour trouver, par exemple, un remplaçant pour une date, ou autre. J’allais sur des sites comme spectable ou même anibis qui ont des annonces musique. On tombe sur des musiciens super, des fois. J’ai eu plein de réponses par ce biais là. Les gens, quand ils sont tout seuls dans leur coin et se disent qu’ils voudraient trouver un groupe, devraient avoir ce réflexe de regarder sur internet aussi ; par une petite recherche, le moteur les redirigera vers les annonces présentes sur des sites musicaux ou des sites d’annonces, de types plus généraux. Par ailleurs, il est aussi très important, lorsqu’on cherche des musiciens, d’aller tout simplement à des concerts, découvrir des musiciens en live et faire connaissance.

Comment as-tu créé ton réseau musical à Genève ? Quelles sont les étapes marquantes pour cela ?

Mon premier album, autofinancé, a pris pas mal de temps à se faire et pendant ce temps là, je vivais à Amsterdam pour mes études pendant 2 ans. C’est quand j’ai fini l’enregistrement que je suis enfin revenue en Suisse et j’étais un peu déconnectée du réseau d’ici.

Comme c’est à ce moment là que je devais trouver des musiciens pour assurer les premières dates live suite à la sortie de l’album, je suis allée voir beaucoup de concerts. Pour renouer avec ce qui se faisait et c’est là que j’ai accroché sur tel ou tel musicien que j’ai cherché à contacter. Et comme tous le monde se connaît quelque part à Genève, j’ai pu contacter des gens assez directement, finalement, en leur disant: « je t’ai vu sur telle date, c’était super. Est-ce que tu serais intéressé par ça… ». C’est une démarche assez frontale, mais je préfère ça car cela nous permet de savoir pourquoi on est avec ces gens. Mais le côté humain ensuite compte beaucoup, ça peut ne pas accrocher. Il faut ensuite un paramètre chance pour que tout le monde qu’on a démarché et « choisi »  individuellement s’entende bien, ce qui fut le cas pour mon groupe, où nous sommes tous devenus très amis, une vraie famille… Et les musiciens que j’ai rassemblés collaborent désormais eux aussi ensemble pour d’autres projets, donc je pense que j’ai eu un bon pressentiment en les réunissant !

Et maintenant, pour le second album, on profite justement d’une certaine synergie qui s’est créée de ces rencontres et ça vient nourrir ce travail, alors qu’avant, je composais toute seule. On peut à présent créer ensemble.

Quels sont les contacts importants que tu as maintenant ?

Un truc qui m’a beaucoup bloqué, c’est d’attendre qu’une maison de disque, que quelqu’un me découvre. C’est un système qui peut marcher, je le souhaite à tout le monde. Mais cela n’arrive plus très souvent, c’est très rare, sauf peut être pour les artistes qui émergent d’un télé-crochet, ce que je n’encourage pas du tout. Mais être lancé par un label… cela ne se fait plus aussi spontanément qu’il y a 15 ans, malheureusement. Je l’ai vite compris durant l’année que j’ai passée à New York à démarcher les labels.

Il n’y a pas de recette toute faite, mais je dirais qu’il faut trouver une alternative et se forger les outils ou l’équipe qui a les compétences de faire un album en indépendant d’abord : le sortir, tourner, se faire un public, faire ses preuves seuls pour prouver que ça plaît, et peut être démarcher les labels après coup. C’est très frustrant et emprisonnant d’être un artiste en attente. Il est crucial d’exister sur la scène, ne serait-ce même que localement, il faut juste faire se pas et se dire : « ok, je m’entoure bien, j’apprends ce qu’il faut que j’apprenne par rapport à l’enregistrement, par rapport à tout ce qu’il y a de technique.. et je fais le truc moi-même ». Je pense que c’est la meilleure façon d’avoir une carrière qui démarre. Partager ce que l’on fait sans attendre que quelqu’un le fasse pour nous. Et cela permet aussi d’avoir la mainmise totale sur l’artistique !

Et aujourd’hui, nous avons les outils qui nous permettent de nous promouvoir à une certaine échelle, même sans label, dans un premier temps, que ce soit en mettant un clip en ligne, où tout ce qui est promo internet. Il faut aussi y aller au culot en ce qui concerne les radios et la TV. Les chaînes ne sont pas aussi fermées qu’on le pense, surtout en Suisse, où je trouve que les grands partons sont plutôt très réceptifs à l’idée de promouvoir les artistes locaux.

Même si bien sûr, tout va plus vite avec un label, j’ai réalisé que c’était donc tout à fait possible de bien diffuser mes clips et mes morceaux en indépendant. Je pense qu’il suffit de bien travailler ce que l’on sort, que le rendu soit à la hauteur de ce qui sort via un label. Il faut travailler ses productions et avoir une proposition claire.

Je comprends que l’on puisse parfois être tenté de sortir à la va-vite n’importe quoi juste parce que l’on a envie d’avoir un CD. Mais ça vaut la peine de réfléchir un peu plus loin, de prévoir, de voir quel morceau peut être un « single », de s’assurer que le son est à la hauteur de ce qui passe en radio, ou du moins, des artistes auxquels vous souhaitez être comparable/comparé. Lorsque tout ça est réuni, il faut juste foncer et ne pas avoir peur d’être son propre manager au moins pendant un temps.

Que penses-tu d’une structure qui mettrait en relation les artistes et les professionnels ?

A mon avis c’est très important. Ce qui m’a permis d’avancer, c’est le bon contact que j’ai eu par ici avec certains professionnels qui m’ont aidés parfois comme ils ont pu, et des gens qui ont pu être des piliers, des soutiens depuis le début. C’est précieux d’avoir un petit réseau de gens qui s’y connaissent, qui peuvent nous aiguiller.

En mettant des groupes qui débutent en relation avec des groupes confirmés, les jeunes groupes débutants pourront être conseillés. Bien entendu, être un groupe confirmé ne donne pas de solutions miracles, et ce ne seront peut-être pas toujours eux qui pourront débloquer la situation, mais ils pourront au moins donner des pistes à ceux qui le souhaitent. C’est précieux, en tant qu’artiste, de rester à l’écoute des structures qui existent déjà, et de trouver parfois des solutions.

 

 

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